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Un revirement douloureux

Un revirement douloureux - Manuel Owens

Après 30 ans de services, me voilà dans le monde des retraités. C’est en revenant sur tout ce que j’ai accompli, que j’ai pris conscience de la vraie valeur de la vie humaine. Apparemment, bien qu’il soit peut-être trop tard, ce n’est que maintenant que je réalise à quel point mon métier était capital pour moi, et tous ceux que je servais. Je dois dire que je n’avais aucune motivation au départ. Je gagnais un maigre salaire, par rapport aux autres personnels de santé, pourtant, j’effectuais les gardes aussi souvent que je le pouvais. Mes seuls moments de repos, étaient les fois où je demandais un ou deux jours pour passer rendre visite à ma famille à la campagne. C’était leur choix, mes parents s’étaient fait une vie paisible éloignée de la ville, sans pour autant s’isoler complètement. Le seul frère que j’avais lui, avait construit sa carrière dans l’administration et la gestion du patrimoine. Nos vies divergeaient, mais ce n’était pas une raison pour nous de couper les ponts. On avait fait de notre mieux.

Un bouleversement inattendu

En réalité, nos chemins se sont vraiment séparés, le jour où notre père avait reçu sa lettre de suspension. Il avait pris sa retraite, et c’était à ce moment-là que tout s’est enchaîné très vite. Tout se concordait si bien, que nous avions dû avancer chacun de notre côté. Mon père et ma mère, femme au foyer, avaient reconstruit leur vie dans un coin de la ville. Mon frère, de son côté, avait obtenu une promotion, et s’est aussi engagé avec une jeune femme de son bureau. Moi, j’avais obtenu mon diplôme. Je me suis installé en ville, en entamant du bénévolat au sein du plus grand service hospitalier de la région.

Une lourde épreuve

Le monde évoluait si bien, que personne n’a vu le temps passer. À peine, trois ans après ce bouleversement, j’ai reçu une lettre de ma mère. C’était aussi ce jour-là que j’eus enfin, le mérite de devenir superviseur de notre service. Tout coïncidait, car j’étais justement sur le point d’écrire à mes parents. Seulement, cette coïncidence était de loin, celle que je voulais. La lettre que m’avais fait parvenir ma mère, annonçait la mort de mon père. Je m’en voulais tellement, car ce n’était qu’à partir de là que j’ai compris à quel point mon métier était indispensable non seulement, pour les inconnus que j’accueillais chaque jour à l’hôpital, mais aussi pour ma famille. Les cinq années qui ont suivi cette perte, je les ai vouées à la santé de ma mère. Mais malgré tous nos efforts combinés, à mon frère et moi, elle est tout de même parti rejoindre notre père. Elle ne supportait pas la douleur de rester seule. Depuis, je me suis rappelé de ses paroles qui ont bouleversé ma vision des choses : la vie est une succession d’échecs qui ne réussit qu’à ceux qui veulent vraiment voir au-delà des efforts fournis.

À propos de l’auteur :

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